Les 12 fusillades les plus dingues du septième art

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Balles qui pleuvent, explosions à tout-va, concours de voltige, sang qui tapisse les murs… sur grand écran la violence n’est peut-être jamais autant cinématographique que lorsqu’elle prend la forme d’une fusillade.

Bon attention, bien qu’il s’agisse d’un spectacle qui s’apprécie sans efforts, filmer une fusillade digne de ce nom relève à égale distance de l’exercice de style et du travail d’orfèvre.

Déjà parce qu’une bonne fusillade ne se pose pas comme un cheveu sur la soupe dans l’intrigue, mais aussi et surtout parce qu’elle obéit à certaines règles très précises quant au timing, à la cohérence et aux placements, et ce afin que le spectateur ne perde pas de vue le fil conducteur de la scène (typiquement savoir qui est qui et qui fait quoi).

Avis donc à ces trop nombreux tâcherons qui confondent action et sens du rythme avec bouger la caméra dans tous les sens et ajouter en post production des bruitages sur un montage resserré, les douze fusillades présentées ci-dessous se distinguent du tout-venant testostéroné par leur virtuosité, leur degré de réalisme ou au contraire leur niveau assumé de délire.

[Deux petites précisions en amont : 1) oui nous allons bien parler ici de gunfights et non pas de duels (désolé Il était une fois dans l’Ouest et Le bon, la brute et le truand) 2) histoire de garder le classement des plus variés, règle a été fixée de s’en tenir à un seul film par réalisateur.]

12. Commando

Retranchés sur une île, un apprenti dictateur et un sosie de Freddie Mercury sous amphétamines ont kidnappé la fille du Colonel John Matrix.

Pas de chance pour eux, ce dernier est interprété par un Arnold Schwarzenegger au top de sa forme. Un Arnold Schwarzenegger capable de se balader avec un tronc d’arbre sur l’épaule ou d’arracher une cabine téléphonique à mains nues, et qui après avoir mis le grappin sur un arsenal militaire suffisant pour instaurer la démocratie dans n’importe quel pays du Moyen Orient décide d’aller en découdre avec nos deux zozos et leur petite armée de rien du tout.

Emporté par sa fougue (les estimations oscillent autour de 80 macchabées), l’austro-américain crame l’intégralité du budget, obligeant les scénaristes à réécrire à la va-vite son affrontement avec l’inénarrable Bennet dans un modeste sous-sol en lieu et place de la course-poursuite en bateaux initialement prévue.

Si aujourd’hui encore Commando reste un sommet inégalé d’outrance et de grand-guignol, la faute en revient en grande partie à Rambo 2. Au beau milieu du tournage, le réalisateur Mark L. Lester est en effet tombé sur les rushes du film où l’on voit Stallone regagner à lui tout seul la guerre du Vietnam.

Piqué au vif (« We’ve got to have a bigger dick than Rambo » dans le texte), Lester s’est alors mis en tête qu’Arny devait zigouiller plus de gens que Sly, d’où ce final légendaire.

11. True Romance

Comédie romantique préférée de ceux qui n’aiment pas les comédies romantiques, ce second film officieux de Quentin Tarantino (le scénario et les dialogues sont de lui) conclut la bluette entre Clarence (Christian Slater) et Alabama (Patricia Arquette) sur une note rouge sang des plus poétiques que le très souvent pataud réalisateur Tony Scott a le bon goût de ne pas gâcher.

Sorte d’hommage au « Mexican standoff » des westerns de Sergio Leone (soit une configuration où tout le monde a dégainé son gun et où personne ne peut reculer), cette fusillade qui met aux prises flics et voyous dans une chambre d’hôtel de luxe vaut autant pour son intensité dramatique que pour les quelques notes de piano en fond jouées par Hans Zimmer.

Tout cela sans oublier que le King Elvis en personne assiste à la scène dans la pièce d’à côté.

10. Taxi Driver

L’histoire de Travis Bickle (Robert De Niro) c’est celle d’un type à la dérive qui finit totalement possédé par ses pulsions de mort faute d’être en mesure d’établir la moindre connexion avec le monde extérieur.

Résolu à en finir avec la vie, il part faire le ménage dans les bas-fonds newyorkais, non sans avoir auparavant pris soin de s’être coiffé d’une crête iroquoise et de s’être armé jusqu’aux dents.

Le plus glauque des justiciers s’en prend alors au maquereau Sport (Harvey Keitel) pour avoir mis sous sa coupe la très mineure Iris (Jodie Foster).

Malgré l’effusion de violence qui s’en suit, Bickle rate cependant son suicide. Comble de l’ironie, il se voit en lieu et place intronisé héros de la nation.

9. Predator

Dans la vie tu sais que tes potes sont tes potes quand tu te mets à tirer au hasard et que ces derniers viennent t’aider à ratiboiser plusieurs hectares de jungle tropicale sans te poser la moindre question.

Et tant pis si en tout et pour tout le prédateur n’a pris qu’une petite balle dans le cuissot, en matière de camaraderie alpha difficile de faire mieux.

[Ah ça, on est loin des têtes d’endive engagées pour le reboot à venir…]

Sinon pour en revenir à la complexité de filmer une fusillade haut de gamme, il est intéressant d’étudier plus en détails toute cette séquence située au début où Dutch et son crew prennent d’assaut un campement rebelle.

Tandis que dans la première partie, celle où les mercenaires se déploient, l’action se déroule sous l’œil d’une caméra fluide se fondant au sein de l’action et du décor, dans la seconde partie, l’assaut à proprement parler, le rendu est beaucoup plus poussif (géographie confuse, rigidité…).

Cette différence de niveau s’explique, non pas par une baisse de forme du réalisateur John McTiernan, mais par le fait que ladite seconde partie ait été entièrement tournée par l’équipe technique.

Ne s’improvise pas maitre du film d’action qui veut.

8. Django Unchained

Depuis le temps que Quentin Tarantino nous promettait son western, il ne fallait pas être grand clerc pour deviner qu’il allait l’assortir du concours de flingues d’anthologie qui va avec.

Passé la surprise de voir deux des personnages principaux disparaître prématurément (le Dr King Schultz et Calvin J. Candie), Django se retrouve d’un coup d’un seul dans l’obligation d’abattre tout homme blanc armé qui se tient face à lui.

Débute alors le cartoonesque en diable « Candyland Massacre » où jaillissent avec ferveur les poches d’hémoglobine dans une ambiance sonore aux faux-airs de piste d’atterrissage.

Outre les effets de manche et le plaisir coupable de voir Jamie Foxx en découdre avec 400 ans d’histoire, la réussite de la scène repose pour beaucoup sur le fait que QT maintienne l’action dans une seule et même pièce, claustrophobie et tension faisant en général très bon ménage.

7. Terminator 1

Bien que pas encore James Cameron, James Cameron a livré là l’un des moments les plus mémorables de sa filmographie, et pas seulement pour le « I’ll be back » lancé en ouverture.

Tenant plus du massacre que de la fusillade, cette attaque d’un commissariat par un robot slasher habillé de cuir offre un aperçu glaçant de l’Apocalypse promis par Skynet.

Demi-dieu parmi les hommes, Schwarzenegger traque implacablement la gentillette Sarah Connor sous l’œil d’un spectateur qui sait ses minutes comptées, et ce d’autant plus que plus aucune figure d’autorité ne lui est  du moindre secours.

Vous avez dit angoisse et désespoir ?

6. Impitoyable

Le film aux quatre Oscars qui a changé le western pour toujours.

Ancien chasseur de prime autrefois coupable des pires atrocités (« tueur de femmes et d’enfants et d’à peu près tout ce qui marche ou rampe »), William Muny (Clint Eastwood) vient venger la mort de son partenaire et ami Ned (Morgan Freeman) dont le cadavre orne l’entrée d’un saloon.

Par une nuit d’orage, il débarque inopinément dans l’établissement au moment où le shérif ‘Little Bill’ Daggett (Gene Hackman) et sa cour sont réunis.

S’en suit une passe d’arme dénuée du moindre artifice où pour arriver à ses fins il abat successivement un homme désarmé puis un homme à terre. Et tant pis si le mythe du héros solitaire en prend ici un coup dont il ne se relèvera jamais.

Muny est ensuite laissé là à ses états d’âme et à ses cicatrices. Magistral.

5. Scarface

Brian De Palma ou l’homme qui sait filmer les fusillades dans les halls de gare comme personne, de l’hommage au Cuirassé Potemkine dans Les Incorruptibles à l’électrisante conclusion de L’Impasse.

Brian de Palma, c’est également l’homme qui a filmé la sortie de piste hystérique de Tony Montana.

Seul dans sa paranoïa, assiégé par tout un cartel de la drogue, c’est dans la fureur et les cris que cet anti héros devenu vilain du rêve américain se débat à un contre cinquante avant de chuter les bras en croix.

Mention spéciale à l’évident « Say hello to my little friend! » repris en chœur depuis trente ans dans toute œuvre de pop culture qui se respecte.

4. Matrix

Matrix c’est certes un déferlement de scènes de kung-fu et de philosophie cyberpunk de comptoir, mais c’est aussi ce moment où le détecteur de métal vire au rouge quand Neo (Keanu Reeves) et Trinity (Carrie-Anne Moss) se pointent dans le hall d’entrée d’une banque pour sauver leur poto Morpheus des griffes de l’agent Smith.

Quelques secondes plus tard les balles volent et les cadavres s’amoncellent, tandis que nos deux héros plus cool que Fonzie sont filmés quasi exclusivement au ralenti en train de refaire la déco en marchant sur les murs.

Souvent copié mais jamais égalé (cf. les innombrables plagiats de triste mémoire à la Wanted ou Equilibrium), le taf des frères des sœurs Wachowski doit ici beaucoup à l’apport du chorégraphe asiatique de renom Yuen Woo-ping.

A l’heure des fonds verts et la CGI Marvel, il est d’ailleurs toujours impressionnant de se souvenir que toute la séquence a été tournée « à la main » histoire d’accentuer au maximum le réalisme – avant chaque nouvelle prise, c’est ainsi le moindre impact ou éclat visible à l’écran qui devait être minutieusement reconstituée par l’équipe de tournage.

3. À toute épreuve

John Woo à son meilleur, ce qui n’est pas peu dire venant de celui qui a presque inventé à lui seul le gun fu, cet art de chorégraphier les gunfights en y incorporant l’élégance feutrée du kung fu (Le Syndicat du crime, The Killer, Une balle dans la tête…).

En surenchère permanente, son cinéma ne s’embarrasse absolument pas de la moindre forme de réalisme à l’image de cette confrontation qui met aux prises le duo de flics Tequila (Chow Yun Fat, son acteur fétiche) et Alan (Tony Leung, sorte d’Alain Delon période Le Samouraï) face à un gang de triades niché dans un hôpital.

Filmé caméra à l’épaule en deux plans séquence, les actes de bravoure les plus improbables s’enchaînent ainsi à mesure que les corps s’empilent jusqu’au plafond, tout cela sans que jamais personne ne recharge.

Un exercice de style qui confine à l’absurde certes, mais qui se révèle incroyablement ludique.

2. La Horde sauvage

La fusillade qui a complétement rebattu les cartes du spectacle de la violence.

Après avoir pourtant décroché le pactole, quatre salopards finis décident d’aller jouer aux perdants magnifiques alors que l’un des leurs est retenu captif par un général mexicain et son armée.

Réalisateur nerveux et instinctif à la ville comme à l’écran, Sam Peckinpah livre selon ses mots un « ballet morbide » où la mort est filmée avec exagération et au ralenti, où chaque arme produit un bruit distinct et où acteurs et figurants sont aspergés de geysers de sang.

Brutal et nihiliste, ce final plus tragique que divertissant clôt non seulement l’un des meilleurs westerns ever, mais aussi l’un des plus grands métrages de l’histoire du cinéma.

1. Heat

Si avant même d’écrire cet article il était acquis que Michael Mann s’arrogerait la première place du classement, tant le bonhomme s’est fait un nom lorsqu’il s’agit de faire parler la poudre, la question de savoir pour quel film était, elle, un brin plus délicate.

Face à ses virtuoses Miami Vice, Hacker et autre Collateral, c’est cependant Heat qui remporte la coupe.

Suite à un braquage de banque qui rate dans les derniers mètres, les rues de Los Angeles sont transformées en zone de guerre par le gang de Neil McCauley (Robert de Niro) et les hommes du lieutenant de police Vincent Hanna (Al Pacino).

Extérieur jour, la caméra suit ainsi pendant près d’une dizaine de minutes gendarmes et voleurs vider leurs chargeurs dans un vacarme assourdissant.

À la fois ultra spectaculaire et ultra réaliste (Mann ne lésinant jamais pour envoyer ses acteurs suivre de longues formations au maniement d’armes et aux techniques de combats), cette échappée prend des allures de pièce en trois actes quant au fil des coups de feu se dessinent les enjeux propres aux deux camps (la volonté de préserver des vies innocentes côté flic, une humanité réduite aux liens les plus tribaux coté voyous).

Personne n’avait fait mieux avant, personne n’a fait mieux depuis.

Ils auraient pu faire partie du classement, les mentions honorables : Léon pour l’attachement que dégagent les personnages ; Last Action Hero pour avoir revisité Shakespeare au pistolet mitrailleur ; L.A. Confidential ; Open Range pour avoir fait que chaque balle compte ; Deapool pour plus ou moins la même raison sauf que c’est pas pareil ; Rambo 4 pour le concours de grimaces de Sly ; Usual Suspects ; John Wick s’il ne s’était pas fait mettre la misère par Collateral ; et Terminator 2 pour être le meilleur film du monde.

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